POINTS PARTICULIERS

 Sont  regroupées dans cette rubrique, pour ne pas alourdir l'ensemble et éviter l'inflation, un certain nombre de questions variées  et particulières susceptibles d'intéresser quelques uns.

                           1. germination des spores
                           2. forêts incendiées
                           3. sclérotes
                           4. éléments réputés favorables à l'apparition des morilles
                           5. La méthode du baron d'Yvoire avec quelques commentaires.

  1. Germination des spores:

 La  germination des spores n' est pas aussi facile à obtenir que celle du carpophore dans sa globalité.  On l' obtient trés aisément  à certaines périodes; elle est quasiment impossible à d'autres. L'etat de maturation de spores a son importance.    voir:  au microscope.

 Dans une petite brochure, Le comte de Lesparre , au début du siécle dernier, avait mis en évidence
l'importance des feuilles de certains arbres dans le  déclanchement de la germination des spores de  morille. Nous notons soigneusement ce point.

 Pour ceux qui tiennent à faire germer ces spores, les périodes les plus favorables seraient le   printemps avec des morilles fraiches ou l' automne. Pour des spores plus anciennes, un séjour en congélateur ne serait pas superflu.

  2.

 

  3. Sclérotes ? On ne peut y échapper !!

  Chez certains champignons, le sclerote (skleros= dur) est un amas de filaments de mycélium enlacés, très serrés,  qui constiuent une sorte de feutrage dense qui peut donner naissance à  un organe  généralement ovoïde avec durcissement des membranes des filaments. ce sclérote emmagazine des matières de réserve puis est mis en sommeil en période défavorable. Enfin, quand les conditions sont redevenues plus favorables il produit des organes de fructification.

  claviceps purpurea, l'ergot du seigle, est l'exemple-scolaire type de ce champignon passant systématiquement par un stade sclérotote (sur la graminée) avant de tomber sur le sol où il y hiverne puis germe en février-mars  et infeste à nouveau la plante.

  Ce sclérote peut être tellement dur qu"il peut servir, en Papouasie-Nouvelle Guinée, (après taille et emmanchement), de casse-tête (Pleurotus tuber-regium), d'après jacques Delmas (Les champignons et leur culture, La Maison Rustique, 1989, ouvrage capital pour qui s'intéresse à la culture des champignons ).      Quelques champignons ont un stade sclérotique reconnu, scientifiquement prouvé.

  Ce schéma a-t-il quelque chose à voir avec le développement du carpophore de la morille?  l'honnêteté oblige à signaler que ce que l'on connait de la méthode "Ower", comme d'autres méthodes, donne un rôle essentiel au "sclérote de morille". 

  Molliard,  qui, parfois, laisse sceptiques certains  spécialistes, décrivait dejà cette forme du mycélium au début du 20eme siecle. 

 Il  y a lieu, sans doute, d'étudier plus à fond cette question: 

       Qu'est-ce exactement que cette "sorte de sclérote". Quel est le rôle exact d' un sclérote de morille?   Le "sclérote de morille" est-il une étape obligée? 

   j'ai produit des morilles dans des terrains qui ne contenaient probablement aucun sclérote.(jamais vu une morille auparavant, mais ce n'est pas la preuve qu'il n'y y ait  jamais eu de mycélium),  et dans des conditions où aucun sclérote n'a pu se former ( 3  semaines, ou moins, entre l'ensemencement et la fructification). Y a-t-il des formations accélérées de sclérotes?

   fait-on des sclérotes sans le savoir?

 Ie mycélium en vieillissant peut produire des amas denses brun foncé ou brun clair qui peuvent durcir si on les laisse sécher.

         à creuser

 

  4. Eléments réputés favorables à l'apparition des morilles. (quelques pistes connues.)

  Pour chaque élémént considéré on devra se demander si son action intervient au stade de la germination, de la croissance du mycélium, de la fructification, de plusieurs  d'entre eux, ou s'il n'a qu'une action indirecte (bactéries et levures associées, par exemple) ou un rôle de protection (répulsif, par exemple) ou si sa réputation n'est pas tout simplement injustifiée.

 

     A.  Artichaut, topinambour   .......l'inuline

 L'artichaut, le topinambour, les composées en général, mais aussi d'autres familles  comme les campanulacées et les lobéliacées, sont riches en inuline qui est une matière de réserve glucidique (comparable à l'amidon), soluble dans l'eau, transformable sous l'action de l'inulase en fructose exclusivement (fructoholoside). On la trouve en abondance dans les capitules d'artichaut, les tubercules de topinambour ou de dalhia, les chicorées  et les astéracées,en général. Il peut, suivant les saisons, se produire des phénomènes de migration d'une partie à une autre de la plante. L'artichaut contient également beaucoup de glucose.

 Quel serait le rôle de l'inuline, si ce rôle est réel? on pense à l'apport de fructose par les racines (en février-mars on ne trouve guère  de capitules sur le sol) ou par les feuilles délavées par la pluie. Déclancherait-elle une germination précoce? favorise-t-elle plutôt la fructification? N'a-t-elle rien à voir avec tout cela?

Ce que l'on peut dire avec certitude c'est que le fuctose est un bon aliment pour le mycélium de morille, comme la plupart des sucres ,mais pas tous.

 

     B. Pomme ( jus, compote, marc)

 On pense tout de suite aux sucres (fructose), à l'acide malique et à la structure même du fruit qui, une fois pressé donne un marc riche en cellulose et en pectine notamment. Le marc est normalement un milieu humide et aéré contenant des sucres  et de la cellulose. Le jus pur est moins complet mais plus riche en sucres. Il contient  lui aussi de l'acide malique. C'est un milieu propice à la germination.

 

   C. Salpêtre, gravats, amonisation, nitrification:

 Le salpêtre est souvent cité dans les recettes de culture de morille. Distinguons tout de suite le salpêtre du commerce (nitrate de potassium) du salpêtre naturel qui est un mélange de nitrates de calcium, de potassium et d'ammonium. On l'obtenait jadis dans des salpêtrières par des moyens classiques: pierres calcaires, produits  organiques ammoniacaux avec lessivage des sols et filtration; On le trouve à l'état naturel dans les caves humides, les ruines, les décombres divers contenant calcaire et plâtras.
Mais plus que le produit chimique final (un sel minéral directement assimilable par le mycèlium) ce qui doit, peut-être, attirer notre attention c'est le processus biologique qui permet à un sol de produire naturellement ce salpêtre  en plusieurs étapes avec production et transformation de substances variées. Ce salpêtre naturel  est l'aboutissement  d'un processus mais rien ne prouve que le produit final soit le facteur déterminant. Les phénomènes d'ammonisation puis de nitrification ont peut-être un rôle tout aussi essentiel. Résumons très sommairement: 

  Les produits organiques d'origine végétale et animale, en milieu alcalin ou neutre, à température suffisamment élevée et en présence d'une humidité constante, subissent sous l'action de bactéries ou de champignons une décomposition complexe, l' ammonisation. Il y a production d'ammoniaque et suivant les cas, d'acides organiques, d'alcool, de carbonate d'ammonium, co² ...etc. Les bactéries, principales responsables de ces transformations, préfèrent les milieu neutres ou alcalins. Retenons donc que l'ammonisation est plus active dans les sols contenant assez de chaux pour empêcher une acidification qui freinerait le processus.
  Dans un seconde étape intervient la nitrification .
L'azote ammoniacal est transformé en acide nitreux (nitrosation) puis nitrique (nitratation) et combiné  avec d'autres éléments.    Les conditions de la nitrification sont:
                   -  une bonne aération du sol (bactéries aérobies)
                   - humidité continue
                   - présence d'ammoniaque ou de substances azotées
                   - calcaire 
                   - température >10°C   et jusqu'à 45°C

 Certain chercheurs envisagent même que le ciment pourrait avoir une action intéressante.

      D. Divers végétaux: orme, frêne, graminées

      -  Les frênes (fraxinus) ont une bonne réputation auprès de beaucoup de chercheurs de morille. Ils peuventt être une source de mannose.

      - Les ormes (ulmus) et les différentes ulmacées sont souvent présents sur des stations de morille. Cause ou simples affinités??

         L'orme aime bien les nitrates

     - Les simples graminées des champs, des bois et des lisières sont une source de cellulose et de graines. Quel est exactement le rôle de bacillus subtilis, bactérie omniprésente dans la nature là où il y a du foin?    .....  à suivre 

 

 5.  LA METHODE DU BARON D'YVOIRE, accompagnée de quelques commentaires.

                      En voici les passages essentiels, dans leur intégralité, extraits de "Culture des champignons et de la truffe", par H-L Alph Blanchon, Librairie médicale et scientifique Jules Rousset, Paris, 1906:

     "Choisissez donc une plate-bande, un carré planté d'artichauts.
     si le terrain est très sec, amendez-le avec de l'eau dans laquelle
     vous aurez fait dissoudre un peu de salpêtre. Une poignée de salpêtre
    suffit pour un grand arrosoir.
    Si le pays que vous habitez ne produit pas naturellement la morille, il faut
     pour assurer le succès, jeter çà et là quelques morilles pour semen-

"

  Suivent quelques considérations économiques sur la culture de la morille en Haute Savoie dans les années 1890.

Premiers commentaires :


    1) le marc de pomme ne doit pas être fermenté avant  d'être répandu en fine couche égale et continue, au pied des artichauts. le baron y insiste à 2 reprises.
J'ajouterai qu'il doit fermenter le moins possible après. Pour cela deux moyens:
                                    - se procurer un marc non fermenté à la saison froide (après Noël)
                                    - le mélanger avec de la terre calcaire ou de la cendre de bois ou autre matière basique. 

    2)  Le carré d'artichaut génère beaucoup d'interrogations: quelle était la façon habituelle de cultiver l'artichaut à Yvoire en 1880? quelle fumure, quelle protection pour l'hiver, quelle variété d'artichaut ? nature et exposition du terrain, climat en ces année au sud du lac Léman? et bien d'autres précisions que, seul, pourrait apporter un "  archéologue-historien   agricole".        

    Le rôle de l'artichaut n'apparait pas clairement. 
  ...Et si, hypothèse légèrement iconoclaste, ce carré d'artichaut etait  surtout intéressant parcequ' il est bien fumé, au soleil, dans un endroit calme? son feuillage permet  l'alternance tout au long du jour de l'ombre et du soleil ou de la lumière franche. Il est souvent peu venté et conserve l'humidité du lac Leman.

 

château d'Yvoire  (France) et brumes du Léman (alt. 372m)

    3) Les pézizes aiment aussi la pomme; De même la morille s' accomode d'un compost à base de poire. Poirier et pommier appartiennent à une  même  sous-famille des rosacées  les "maloideae".  Pirus et malus sont très proches.

  certaines pézizes, comme celles-ci, apparaissent  un peu plus tôt que la morille. 

POINT ESSENTIEL:

  Notons que les pézizes font parties des discales comme les morilles. Mais, contrairement à celles-ci, elles possèdent un chapeau simple, constitué d'un seul hyménium; C'est aussi le cas des hellevelles, des verpes, des gyromitres qui n'ont qu'un hyménium, aussi tarabiscoté soit-il.  La morille et le mitrophore possèdent, eux, un chapeau constitué de plusieurs hyméniums, en structure alvéolée

 

Autres commentaires:

 - Les brindilles, comme les feuilles,outre leur action protectrice, ont sans doute un rôle déterminant, au moins pour certaines d'entre elles. Voir: compléments de la culture du mycélium. 

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